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De l’écologie sans gentryfication : pour une politique des Rues
Published by Jonathan Morice | Filed under Urbanisme, Politique, Ecologie, France
“Gloire à la rue” chantait la Fonky Family. Gloire aux rues, disons nous. R.U.E.S ou renouvellement urbain écologique et social. On accuse souvent les écolos d’être des Bobos qui favorisent l’entre-soi, l’embourgeoisement des centre-villes. Outre le fait qu’il vaut mieux être un bobo qu’un fils à papa du 16e arrondissement ou de Neuilly qui ne s’est jamais posé la question de la coexistence avec autrui, il convient de souligner qu’à la base même de l’écologie politique est la volonté de ne jamais opposer progrès écologique et progrès social.
Les violences urbaines de novembre 2005 ont été interprétées comme révélatrices d’une crise des villes française, organisées autour du modèle centre attractif/périphérie dortoir. Si le vieux proverbe cité par Max Weber prétendait que « l’air de la ville rend libre », notamment parce que « toute civilisation est échange et l’échange est urbain » (Malraux), l’urbain est aujourd’hui associé à l’idée d’oppression, de stress. D’après les travaux du Centre d’Etudes sur la Vie Politique Français (CEVIPOF), « la campagne rend libre ».
La tendance est au mitage urbain et à la rurbanisation, mais si l’urbain est partout, à travers le développement des lotissements pavillonnaires, il n’y a plus de ville, c’est-à-dire d’aire de densité humaine importante, mais simplement des lieux habités au bord des routes. Pourtant le monde ne cesse de s’urbaniser et le nombre d’urbains a récemment dépassé le nombre de ruraux à l’échelle planétaire. Cette urbanisation prend de plus en plus la forme d’une métropolisation, soit d’une concentration extrême des hommes, des activités et des richesses dans des agglomérations multifonctionnelles, fortement intégrées dans l’économie internationale.
La loi Gayssot-Besson du 12 décembre 2000, dite SRU (relative à la solidarité et au renouvellement urbain) a deux volets, dont l’un concerne la gouvernance et l’autre le social (voir § suivant pour l’aspect social). Le vocabulaire change avec le Plan Local d’Urbanisme (PLU) au Plan d’Occupation des Sols (POS) ainsi que du Schéma de Cohérence Territoriale (Scott) au Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme (SDAU). Mais la révolution est moins dans les mots que dans la hiérarchie entre le communal et l’intercommunal, comme le montre la matrice suivante :
Changement de 2000:
Communal Intercommunal
Avant POS dominant SDAU dominé
Après PLU dominé SCOT dominant
L’échelle intercommunale devient donc en principe prédominante, se substituant à l’égoïsme des « ghettos », qu’ils soient de pauvres (La Courneuve) ou de riches (Neuilly). Il manque d’ailleurs à Paris et sa proche banlieue un cadre de gouvernance commun pour éviter les solutions d’exclusions qui déplacent les problèmes au lieu de les résoudre (ex: un péage urbain).
• Comment lutter contre la ségrégation sociale ?
La loi SRU impose un seuil de 20% de logements sociaux pour 740 communes d’ici 20 ans. En 5 ans, 42 000 logements ont été construits sur les 60 000 initialement prévus. Si Lyon fait plus que son contrat, aucune commune de l’Ile de France comptant moins de 5% de logement sociaux n’a rempli le sien et Neuilly compte aujourd’hui 2,6% de logements sociaux. Les sanctions ne sont pas suffisamment dissuasives pour être efficaces, et les critères ont été assouplis par le gouvernement suivants : prise en compte des HLM vendus, des maisons à 100 000 euros, des terrains d’accueil des gens du voyage dans le « logement social ».
La loi de programmation du 1er août 2003, dite Borloo, créé L’Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine (ANRU) qui centralise les crédits nationaux consacrés à l’aménagement et au logement social puis les affecte de manière discrétionnaire à un nombre de projets de démolition-reconstruction proposés par les maires. Son rapport coût/efficacité est très incertain, elle vise à créer 250 000 logements locatifs sociaux ; en détruire autant et réhabiliter 400 000 logements entre 2004 et 2011. On essaie d’éviter l’ « effet de quartier » en dispersant le logement social. Le problème est que contrairement à la période 1998-1999 ou on parlait de « construction-démolition », on démolit le plus souvent (sans consultation) avant de reconstruire. L’accord sur l’objectif de réduction des populations pauvres dans les ZUS ne s’accompagne pas forcément d’un accord sur les conditions et nouveaux lieux de relogement.
Il faut permettre à ceux qui veulent rester sur place de le faire et rendre le territoire attractif pour les classes moyennes. L’ANRU peut aussi apporter des subventions pour l’accès à la propriété (même si l’annonce de maisons à 100 000 euros sous-évalue les frais d’entretien). L’effet « spirale » est bien connu : une commune défavorisée ne peut résoudre ses problèmes que par une fiscalité plus lourde. Un schéma de théorie des jeux répétée amène à la ségrégation urbaine (Tomas Schelling, prix Nobel d’économie en 2005). La politique de l’Etat est ambiguë puisqu’il promeut le logement social mais surtout valorise systématiquement les centre-villes (ex : Quai Branly, 250 millions d’euros, rehausse encore le statut du quartier) où la coexistence d’une grande richesse et de la pauvreté indispose (tentes à Paris distribuées par médecin du monde, campagnes des enfants de Don Quichotte).
La mixité est aussi un problème générationnel. L’exclusion des jeunes adultes par le coût du logement entraîne aussi un vieillissement de la ville… On a beaucoup dit, comme Cohn-Bendit, que les élections ont révelé l’énorme problème posé à nos société par le vieillissement de la population. Il ne faut pas voir là un complot des vieux mais un double effet du très souhaitable allongement de la durée de vie et de la tout aussi souhaitable augmentation du niveau de vie. Dans les années 70, les pauvres étaient les retraités, aujourd’hui, ce sont les jeunes. Comme le note avec raison Pascal Canfin, il faut se poser la question : les vieux votent-ils à droite parcequ’ils sont vieux, ou parcequ’ils sont riches?
La mixité sociale n’est pas une garantie de lien social (chômage, isolement familial), d’où l’importance du tissu associatif (Collège méditerranéen des libertés à Toulon, Université populaire à Caen)… C’est pourquoi les écolos soutiennent l’économie sociale et solidaire, c’est-à-dire les associations, les coopératives, les mutuelles, dont certaines intiatives (les Systèmes d’Echange Locaux ou les Associations pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne, par exemple) ont un réel impact de création du lien social et de réduction de l’empreinte écologique. Selon la façon dont on la mesure, cette économie sociale et solidaire, ou tiers secteur, représente 10 à 12% de la Valeur Ajoutée de notre économie nationale. Mais ce calcul ne tient pas compte des nombreuses externalités positives induites par ces activités.
Enfin, on ne lutte pas contre la ségrégation sociale et spatiale en supprimant la carte scolaire, mais en la redessinant pour tenir compte de l’évolution des données spatiales, comme il faudrait le faire pour la taxe d’habitation, dont les bases locatives ne sont pas révisées depuis plus de 30 ans. On ne lutte pas contre la ségrégation en permettant l’accès à la propriété des classes moyennes supérieures par une éxonération d’impôt sur les intérêts d’emprunts immobiliers, ce qui risque de favoriser l’augmentation des loyers, et donc l’exclusion des plus pauvres. Il faut au contraire réguler la hausse des loyers en fixant chaque année un plafond d’augmentation proche de celui de l’inflation.
Vers des villes durables intégrées à leur territoire.
• Minimiser les nuisances liées à la ville
Il s’agit d’encombrements (circulation de 15 km/h de moyenne à Paris, plus de 8 millions d’heures de travail perdues par jour), de déchets (Kinshasa la belle devenue Kinshasa la poubelle), de bruits. Le bruit est la principale nuisance ressentie pour les habitants d’Orly, mais aussi de Paris et de la France… La Directive Européenne de juillet 2002 impose à chaque agglomération de plus de 250 000 habitants l’élaboration de cartes de bruit d’ici 2007 et d’ici 2008 d’un plan d’actions de lutte contre le bruit.
Après avoir publié les cartographies du bruit en 2003 et 2004, la Ville de Paris met en place un «plan de lutte contre le bruit» en 2006.
• La question de l’empreinte écologique
Cet indicateur alternatif au PIB évalue la surface totale requise pour produire les ressources, répondre à la demande énergétique et fournir l’espace nécessaire aux infrastructures. La ville de Vancouver a ainsi une empreinte écologique 74 fois supérieure à sa superficie. Dès 2002, avec le WWF, Paris a été une des deux villes pilotes pour le calcul de l’empreinte écologique de la France. Celle de Paris est de 6 hectares par personne. Cela signifie que si tous les habitants de la planète vivaient comme les Parisiens, il faudrait plus de 3 planètes pour répondre aux besoins de l’humanité.
C’est une préoccupation majeure des villes qui se dotent d’un Agenda 21, en accord avec les objectifs fixés à la conférence de Rio en 1992 :
« l’objectif général à poursuivre en matière d’établissements humains consiste à améliorer, du point de vue social, économique et écologique, la qualité de ces établissements et les conditions de vie et de travail de tous, en particulier des pauvres des zones urbaines et rurales ».
La ville durable, ce n’est pas la ville écologique : ce n’est pas parce qu’il y a de nombreux espaces Verts à Washington que cette ville est durable. En effet, mobilité désordonnée et ségrégation spatiale caractérisent cette ville. Un exemple plus pertinent est celui de Curitiba au Brésil (échange vert de déchets triés et collectés contre des légumes) dont le slogan est compacte, citoyenne, solidaire, écogérée. Des villes comme Caen (deuxième ville française par la qualité de son air) s’inspirent de ces critères puisque la ville dépense 5 millions d’euros d’achat foncier (ce qui semble valider la thèse de Walras sur le rachat des terres bien que l’inspiration en soit plus pragmatique que théorique) dont un tiers pour le développement économique, un tiers pour le logement, et un tiers pour l’aménagement du territoire. Seul le vote de concertation/consultation est quelque peu occulté (Tram réalisé malgré un référendum consultatif négatif).
Il ne s’agit plus uniquement de répondre au « besoin inassouvi de nature » des citadins, mais de permettre la pérennité du mode de vie urbain. Aucune mesure quantitative ne permet pour l’instant d’évaluer avec une certitude absolue la morphologie urbaine qui minimise l’empreinte écologique :
- la ville dense limite les déplacements mais favorise les encombrements (solution du péage comme à Londres, réduction de la circulation de 15% à Paris par une politique de dissuasion/alternatives collectives)
- la ville éclatée en centres fonctionnels a l’avantage de rapprocher les populations de leur lieu de travail, mais pas nécessairement de sociabilité ni de loisir. D’où l’idée, qui réapparaît régulièrement, de créer des villes nouvelles, malgré le relatif échec des expériences précédentes dans la grande couronne parisienne.
Conclusion : de la SRU aux RUES
Chacun parcours en France 45 km par jour, contre 5 km en 1950. La volonté individuelle de vivre dans un meilleur environnement conduit à la rurbanisation, donc extrême mobilité pour travail et loisir, gaspillage énergétique et pollution automobile accrue. C’est pourquoi on ne peut faire « l’éloge de la mobilité » (Jean Viard) sans montrer une réelle volonté de défier les lois de l’automobile en cherchant à éviter la division entre zones commerciales et zones résidentielles (mix use zoning VS single use zoning).
La critique du développement urbain en tache d’huile provoque une volonté de retour à l’organisation traditionnelle des quartiers, mixité fonctionnelle et sociale et générationnelle des quartiers prônée par le nouvel urbanisme, organisé autour d’un ou de plusieurs centres accessibles à pied (développement des rues piétonnes). C’est le passage de la patate à la grappe ou cluster, qu’il faut encourager dans le cadre du polycentrisme maillé.
Dans le programme des Verts pour 2007, à peaufiner pour les municipales de 2008 selon les communes, figure le remplacement de la loi SRU par une loi des ressources urbaines écologiques et sociales (RUES) qui aurait pour objectif la réalisation de formes urbaines compactes en favorisant la densité écologique. Comment intégrer et préserver à l’échelle des différents quartiers la diversité sociale et générationnelle des populations? Comment aménager le territoire pour privilégier les mobilités douces et les transports publics? Comment intégrer de façon explicite les déplacements des piétons et des cyclistes, la place des enfants dans la ville et l’accès aux services pour les personnes handicapées et à mobilité réduite? Telles sont les questions auxquelles, sur le terrain, les élus devront répondre en concertation avec la population.
Nous proposons, comme en Belgique, l’instauration d’un « code de la rue », et non pas de la route, inadapté à la ville. Le fauteuil roulant doit être prioritaire sur le piéton, le piéton sur le vélo, le vélo sur la moto, la moto sur la voiture et la voiture sur le camion. Les sens interdits ne doivent concerner que les moteurs. La vitesse doit être limitée à 30 km/h, sauf dérogation pour les grands axes.
Nous proposons à Paris une rocade de métro, en proche banlieues (projet « Orbitale ») avec prolongement jusqu’à elle des lignes radiales, l’augmentation de la fréquence de passage des métros sur les lignes saturées (ligne 13, ligne 7). Nous sommes à l’initiative de la création d’un réseau de tramways pour prolonger les Maréchaux et relier entre elles les gares parisiennes, l’augmentation de l’offre de transports en commun la nuit (métro, noctambus). Sarko veut un bateau ? Nous développons les batobus le long de la Seine. Et oui, nous avons réponse à tout, même si nos solutions ne sont jamais simples !
Les mécanismes de la démocratie participative se développent : Enquêtes, Agenda 21 locaux, budgets participatifs (Porto Allegre, Poitou-Charente), Commission du débat public, Commission nationale du débat public, conférence de consensus à l’anglo-saxonne ou conférence de citoyens à la française (sur les OGM en 1998, le changement climatique en 2002). Il ne s’agit pas de favoriser l’esprit de Chapelle avec un risque certain d’esprit de N.Y.M.B.Y (not in my backyard) empêchant en France le développement de l’industrie éolienne. Il existe quatre niveaux de participation :
1) Libre accès à l’information, formation des citoyens aux enjeux
2) Consultation des citoyens
3) Organisation de débats citoyens, évaluation démocratique des politiques publiques
4) Prise de la décision par des citoyens lambdas ou au moins participation à la prise de décision (budgets participatifs)
Si l’étape 4 est souvent illusoire, les étapes 2 et 3 ne peuvent pas être atteintes sans que la 1 ne soit pleinement assurée. C’est pourquoi je me bat au premier chef pour la liberté d’informer.
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octobre 6th, 2007 at 0h34
Ah!!! Ils ont vraiment réponse à tout ces écolos!! Sauf que vous vous gardez bien de donner une solution potentielle au problème de gentrification dans votre article.”Comment intégrer et préserver à l’echelle des différents quartiers la diversité sociale et générationnelle des populations ?” Dans votre prochain article , essayez de proposer une esquisse de projet. Avant, lisez la revue esprit sur la ville à trois vitesse. La revue a le mérite de montrer la complexité d’un problème qui ne pourra pas être résolu avec des discours moralisateurs comme le votre.D’autre part, je suppose que vous prenez la ligne 13 de temps en temps, vous avez du vous rendre compte qu’on attend pas tres longtemps le metro. Quand à la ligne B du RER par exemple,de la même manière, elle est toujours pleine, il y’a pourtant un train toute les trois minutes en zone centrale et en heure de pointe.elle a simplement le trafic le plus dense du monde entre chatelet et gare du nord.
Enfin, si vous avez une solution a propos de la carte scolaire, faite le savoir (Car on ne peut pas dire que les bobos, qui habitent des quartiers mixtes socialement contribuent à la mixité scolaire de ces quartiers.Les ghettos ethniques à l’américaine existent bel et bien en france, pas à l’echelle d’un quartier mais à l’echelle d’un établissement).
Cela dit, votre article est tres interessant
octobre 6th, 2007 at 9h20
J’ai pris la ligne 13 hier et c’est vrai que je n’ai pas attendu le métro trop longtemps (coup de bol parceque si j’avais voulu aller à Asnière plutôt qu’à Saint-Denis j’aurais attendu 8 minutes), mais c’était quand même bondé à un point inimaginable. C’est ma définition d’une ligne de métro “saturée” et il serait urgent de la dédoubler, ce qui est je crois en projet. Pour le reste, je vous trouve dur avec cet article plus long que la moyenne et qui ne prétend pas détenir “la” solution politique (et vous?) mais esquisse des pistes intéressantes (l’économie solidaire, le code de la rue, d’ailleurs repris dans le cadre du Grenelle). Mais lutter contre certaines formes de racisme social et avec le fait que proximité spatiale ne veut pas toujours dire mixité sociale ne relève pas du politique, mais du comportement de chacun. C’est là que les écolos ont réponse à tout, avec cette citation de Illitch: “l’écologie, c’est marcher sur ses deux pieds, la politique révolutionnaire et le comportement de chacun”.
octobre 21st, 2010 at 17h40
blog dzrt 2 plumistes et moé