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Esprit critique sur les agrocarburants

Published by AnneSo | Filed under Transports, OGM, Agrocarburants, Industrie, Chiffres, International, Ecologie, Economie

Lula Da Silva BiofuelsUne conférence internationale a lieu depuis hier à la Commission Européenne (CE) à Bruxelles au sujet des agrocarburants1. Y participent, entre autres, le président de la CE Jose Manuel Baroso, le président brésilien Luiz Ignacio Lula Da Silva, mais aussi les Commissaires Européens (dont Peter Mandelson) et des représentants des milieux industriels et universitaires, des représentants des ONG et d’autres groupements, afin de discuter de la manière de concevoir une stratégie internationale pour la production, la consommation et le commerce des agrocarburants.

Pour mieux comprendre les enjeux de cette rencontre internationale, et les raisons pour lesquelles les agro-carburants suscitent autant de ciriques, voici un petit aperçu du sujet…

Quelques chiffres

Comme l’indique le programme de la conférence de la CE (pdf), “le secteur des transports produit presque un tiers des émissions de CO² dans l’UE et dépend presque exclusivement du pétrole”. La nouvelle politique énergétique de l’Union Européenne (UE) adoptée en mars 2007 fixe à 10% minimum la part des agrocarburants sur le marché des carburants d’ici 2020. En 2005, l’UE a produit 3,9 millions de tonnes d’agrocarburants (hausse de 60% par rapport à 2004). En outre, “la production de bioéthanol (à partir de céréales) a atteint 0,73 million de tonnes, celle du biodiésel (à partir de colza) 3,2 millions de tonnes, ce qui correspond à 1 % de la consommation d’essence et de diésel dans l’UE. En 2005, la production mondiale de bioéthanol destiné au marché des carburants avoisinait les 26,9 millions de tonnes, ce qui représente environ 2 % de la consommation mondiale d’essence. Le Brésil est le premier producteur mondial de bioéthanol, avec près de 13 millions de tonnes produites en 2005, suivi des États-Unis avec 11,8 millions de tonnes produites”. L’UE a prévu de faire passer le volume d’oléagineux - surtout du colza - destinés à la production d’agrocarburants d’un peu plus de 10 millions de tonnes en 2006 à 21 millions de tonnes en 2016.

Certes, les agro-carburants sont une solution afin de diminuer les émissions de carbone liées au transports. Mais plusieurs effets néfastes sont à prendre en compte. Aussi bien d’un point de vue environnemental que social.

La critique environnementale des agro-carburants

D’une part, la production d’agro-carburants n’est pas toujours énergétiquement efficiente. Les méthodes de production de l’éthanol et du biodiesel utilisent des modes de conversion de sucres - biologiques et chimiques - lents et gourmands en énergie. Et tous les agro-carburants ne sont pas identiques. Certains nécessitent plus d’énergie pour être produits: la betterave par exemple a un rendement énergétique bien médiocre en comparaison à la production issue des cannes à sucre ou de l’huile de palme.

D’autre part, les surfaces agricoles nécessaires pour produire en masse les agro-carburants sont très importantes. Certains pays ne peuvent donc envisager de produire de tels carburants, ou d’être tout simplement autosuffisants (l’ensemble de la surface agricole française ne suffirait pas à répondre à au besoin du parc automobile français). Et cette culture pollue, car les agro-carburants des céréaliers ne peuvent se passer d’engrais et de pesticides.

Sans parler des solutions apportées pour “optimiser” le rendement de ces cultures: certains prévoient de modifier génétiquement les plans de maïs (bioagro-éthanol): à l’image de la start-up Agrivida créée en 2002 à Cambridge, dans le Massachusetts (USA), et à sa production de GreenGenes. Celle-ci “promet d’augmenter de 50 % le rendement de la production d’éthanol à l’hectare de maïs cultivé tout en réduisant de plus de 20 % les coûts de transformation”. La plante génétiquement modifiée peut en effet “être utilisée dans son intégralité (tige, grains et feuilles) pour produire de l’éthanol, alors que les procédés actuels n’exploitent que le grain de maïs”2. Elle ne devrait pas être commercialisée avant 2011 mais les agro-carburants vont naturellement de paire avec l’usage intensif d’OGM.

La critique sociale des agro-carburants

Manifestation Mexique TortillaMais voilà, il y a aussi des problèmes sociaux déjà bien réels liés à la production des agro-carburants. Au-delà des positionnements extrêmes de Fidel Castro en mars dernier à ce sujet, on se souvient de la hausse du prix de la Tortilla au Mexique, on sait quels sont les effets de ces cultures sur les indigènes et la déforestation au Brésil et en Indonésie (pour l’huile de palme) et dont les conséquences sur les sols et la biodiversité sont irréversibles (disparition d’une espèce s’éteint toutes les 18 minutes)… Or, Lula est actuellement en train de faire sa promotion des agro-carburants en Europe. Alors que le commissaire européen au commerce dénonce l’impact des biocarburants sur la déforestation, justement, et sur la hausse des prix des produits agricoles.

Après avoir signé hier matin à Lisbonne un accord de partenariat stratégique avec l’UE afin de développer “des solutions innovatrices dans le domaine des biocarburants”, Lula a inauguré la conférence internationale sur les carburants en rappelant “qu‘en additionnant à l’essence 25 % d’éthanol dérivé de la canne à sucre ou en utilisant de l’alcool pur dans des voitures “flex fuel”, nous avons réduit de 40 % la consommation et l’importation de carburants fossiles et avons évité d’émettre, depuis 2003, plus de 120 millions de tonnes de gaz carbonique”.

Pour Peter Mandelson pourtant, l’Union européenne ne peut pas laisser la réorientation en faveur des agro-carburants “à la ruée insoutenable du point de vue de l’environnement dans le monde en développement”. Il ne veut qu’à leur profit on assiste à “la destruction de champs après celle de récoltes (…) ou le sacrifice de forêts tropicales”. Sans parler non plus des effets sur la santé des émanation d’alcool, qui, contrairement aux gaz carboniques, stagnent dans la première couche de l’atmosphère et sont beaucoup plus inhalés par la population et dont les effets néfastes sont d’ores et déjà visibles.

Et les Institutions Internationales commencent aussi à prendre les devants et alerter! Après la Banque Mondiale en juin 2007, ce sont aujourd’hui l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) et l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) qui confirment le renchérissement en cours des produits agricoles sous l’effet de l’explosion de la demande d’agrocarburants. Le rapport qu’elles ont publié aujourd’hui démontre que les produits des céréales pourraient atteindre, en 2016, des prix de 20% à 50% supérieurs à leur moyenne des dix dernières années.

Pour Loek Boonekamp, responsable de l’étude, “les biocarburants ont modifié la structure des marchés agricoles. Le phénomène continuera à moyen terme, même si trois incertitudes demeurent : les pays de l’OCDE continueront-ils à subventionner largement ces carburants alternatifs qui ne sont pas rentables pour le moment ? Le prix du pétrole se maintiendra-t-il suffisamment haut pour rendre attractifs les biocarburants ? Enfin, la technologie progressera-t-elle pour permettre d’utiliser les parties non comestibles des plantes (maïs, canne à sucre) dans la fabrication des biocarburants ? “

Alors certes, cette hausse des prix des matières premières est bénéfique pour les revenus des producteurs. Mais elle est faiblement ressentie dans les pays développés (20 % de hausses des prix des matières premières agricoles généreraient seulement un renchérissement de 1 % des produits mis en vente selon M. Boonekamp). Alors que les répercutions sont phénomènales pour les pays en développement “la hausse des prix provoquera une pauvreté relative dans les pays importateurs de céréales, notamment les plus pauvres où les citadins devraient pâtir de cette nouvelle donne“, explique M. Boonekamp. Certes d’autres facteurs météorologiques (sécheresse comme l’an dernier en Australie) et démographiques (dans les pays en développement avec la hausse de la population et du pouvoir d’achat) contribuent aussi à la hausse des prix. Mais cela ne saura expliquer dans les années à venir la manière dont les échanges seront redessinés entre les pays tant cet enjeu est stratégique.

Conclusion

Espérons que ce genre de rapport soit plus entendu dans l’avenir donc! Car au-delà de ces différentes critiques, les agro-carburants permettent aussi aux lobbies automobiles de ne pas se remettre en cause actuellement. De continuer à vendre des voitures (bientôt les moteurs hyrbrides seront importés du Brésil d’ailleurs) et de faire croire que l’on peut “rouler proprement”, sans se poser plus de question sur ce que cela engendre véritablement à terme…

1 - “biofuels” en anglais, mais il est préférable d’utiliser le terme “agro-carburants” tant le terme “bio-carburants” induit en erreur, comme le suggère la suite de l’article…

2 - Michel Alberganti Produire plus de biocarburant avec du maïs OGM Article paru dans le Monde du 24.09.06.

Pour en savoir plus:

- sur la politique extérieure de l’UE en matière énergétique

-”Perspectives agricoles de l’OCDE et de la FAO 2007-2016″, Le rapport de l’OCDE et de la FAO

- Communiqué de la FAO

Photo: AP/GEERT VANDEN WIJNGAERT et REUTERS

juillet 6th, 2007

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3 Responses to “Esprit critique sur les agrocarburants”

  1. Eric Darier Says:

    Agrocarburants : jusqu’à 70 % de gaz à effet de serre de plus que le pétrole

    Selon la version dominicale du quotidien britannique conservateur The Times, une étude de l’Université de Edinbourg conclut que les agrocarburants et en particulier l’éthanol-maïs et le biodiésel au canola produisent en bout de ligne, jusqu’à 50 et 70 % de plus de gaz à effet de serre. Bref, comme toujours, il faut se méfier des soi-disantes solutions aux changements climatiques qui n’en sont pas. Dans le cas de l’éthanol-maïs et du biodiésel au canola, il est évident que les lobbies industriels de ces deux cultures tentent de trouver des débouchés commerciaux pour leur produits. Rappelons que le canola et le maïs sont des cultures largement génétiquement modifiés et que les consommateurs à travers le monde rejettent ces produits dans la chaine alimentaire. Transformer le maïs et le canola en agrocarburants est une tentative de contourner le rejet des OGM… Voilà une autre bonne raison pour laquel on doit poser les vraies questions comme par exemple : doit-on nourrir le monde ou les voitures ? + de détails à : http://blogues.greenpeace.ca/2007/09/23/245/

  2. Googlelisage de l'écologie | Ecopolit Says:

    […] à essence réalisé avec 85 % d’éthanol et 15 % d’essence. Outre le fait que les agrocarburants sont le subutex des héroïnomanes pour les automobilistes, il faudra intégrer dans la […]

  3. mathieu hangue Says:

    Pour compléter cet article, je vous conseilles les articles et dossiers suivant:
    “Agrocarburants : Une catastrophe écologique et sociale programmée !” : http://www.amisdelaterre.org/Agrocarburants-une-catastrophe.html

    “Ethanol de maïs : spéculation et famine !” :http://www.amisdelaterre.org/Ethanol-de-mais-speculation-et.html

    Et si voous voulez comprendre pourquoi malgré ce bilan calamiteux les agrocarburants continuent d’avoir tout le soutien de nos élites nationales et européennes voyez :

    “Dossiers - Agrocarburants à Bruxelles : qui pousse derrière ?”: http://www.amisdelaterre.org/Agrocarburants-Qui-pousse-derriere.html

    Et la critique du dernier projet de directive : ” Agrocarburants : La Commission suit la feuille de route de l’industrie !” http://www.amisdelaterre.org/Agrocarburants-La-Commission-suit.html

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