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En Ukraine la catastrophe écologique se transforme en crise économique

Published by Alexis Prokopiev | Filed under Élections, Santé, Agriculture, Verts, Ukraine, Politique, Economie

Après l’excellent article d’Antoine Bargas sur la Grèce, nous continuons le cycle de récits sur les pays ou les régions qui ont été touchés par des crises écologiques durant l’été 2007. Cette fois-ci nous allons parler du cas de l’Ukraine qui a également subit plusieurs crises et catastrophes écologiques récemment.

Lorsqu’on prend le train normal Kiev-Odessa, une occasion exceptionnelle s’offre à nous : à la différence d’un train rapide qui parcourt cette distance en une nuit, le train normal nous permet d’apprécier véritablement le paysage ukrainien durant les 15 heures de route qu’il est nécessaire de faire pour arriver de la capitale ukrainienne à la “capitale de la Mer noire”.


+ 40° C

Ah ! Les plaines d’Ukraine, les champs jaunes de blé, le ciel bleu… N’avez-vous jamais remarqué que le drapeau ukrainien (jaune en bas et bleu en haut) décrit parfaitement ce paysage ? Non, c’est certain, si vous avez fait la découverte de ce pays en juin-juillet 2007 vous n’avez pas vraiment eu l’occasion de le remarquer. Vous avez plutôt été accueillis par une atmosphère bizarroïde où un soleil brûlant se mélangeait avec un sol brûlé et desséché, des forêts carbonisées, des tournesols noirs qui se perdent timidement au milieu des mauvaises herbes.

Dans ce pays qui a longtemps été le “grenier à blé de l’Union soviétique” et où l’agriculture emploie encore aujourd’hui 18,7 % de la population active, la catastrophe climatique de 2007 a fait beaucoup de dégâts. “Pas une goutte de pluie depuis janvier dans tout le sud ! On n’a jamais vu ça ! Qu’est-ce qu’on a fait à Dieu pour qu’il nous punisse comme ça ?” s’exclame une vieille femme qui essaye de vendre ses dernières tomates un peu jaunâtres au marché d’un village perdu à 30 km d’Odessa. Les météorologues ne la contredisent pas : aucune précipitation n’a été enregistrée dans cette région entre janvier et juillet 2007. Pire, de mai à août les températures enregistrées ont variées en moyenne entre + 38° C et + 43° C !

C’est sûr, la récolte des céréales, principale source de revenu pour une bonne partie de la population, en prendra un coup. Le gouvernement prévoit déjà que la quantité de blé récolté, qui s’élevait à 38 millions de tonnes en 2006, tombera à environ 27 millions de tonnes cette année. Au bord d’un champ de maïs brûlé par la pluie un paysan devenu “big farmer” s’inquiète : “Nous n’avons presque rien récolté, je ne sais pas comment on va passer l’hiver, avec quoi on va nourrir les bêtes, qu’est-ce qu’on va semer au printemps ? Il faudra encore acheter des grains à l’étranger et je sais pas si nous en avons les moyens.” Justement, les “farmers” qui avaient les moyens ont trouvé une astuce pour combattre la nature : les pesticides. Un groupe des ces agriculteurs peu scrupuleux dont les champs sont situés juste à côté de plusieurs colonies de vacances, au bord de la Mer noire, a décidé de sauver la récolte en y injectant des tonnes de pesticides et en arrosant au maximum. Résultat : la plage a été empoisonnée et 300 personnes se sont retrouvées à l’hôpital !

Il faut dire que l’Ukraine n’avait pas vraiment besoin de ça… Plongé dans une crise politique depuis la nomination de Ianoukovitch au poste de Premier ministre en août 2006, le pays subit déjà un début de crise économique avec l’augmentation des prix pour les produits agricoles. De plus, l’Ukraine a déjà été secouée par deux accidents de trains transportant du phosphore jaune qui ont conduit à l’hospitalisation de plus de 300 personnes au total.

Le changement climatique serait-il à l’origine de la sècheresse ? À quelques semaines des élections législatives anticipées qui se tiendront le 30 septembre seuls les Verts ukrainiens osent en parler. Ils accusent notamment le gouvernement de négliger l’écologie au profit d’un développement industriel incontrôlé et d’une agriculture intensive. Seront-ils entendus ? Leur faible score obtenu lors des dernières élections et le peu d’intérêt que les gens portent pour cette échéance font croire que l’arrivée ne serait-ce que d’un seul député vert au Parlement ukrainien serait déjà un miracle.

septembre 1st, 2007

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8 Responses to “En Ukraine la catastrophe écologique se transforme en crise économique”

  1. Ecopolit : En Ukraine la catastrophe écologique se transforme en crise économique | Alexis Prokopiev - Blog Says:

    […] nouvel article sur Ecopolit : En Ukraine la catastrophe écologique se transforme en crise économique. Disons que c’est un peu un témoignage […]

  2. castorp Says:

    Crise économique en Ukraine? Sur les 7 premiers mois de l’année 2007 la croissance réelle est de 7,7% et le PNB aura doublé en 3 ans. Voilà qui relativise les “exploits” économiques français… Quant à la situation écologique elle n’est certainement pas parfaite et comment le serait-elle après les décennies de pillage du pays par les soviétiques russes! En tout cas j’ai fait en juillet la route entre Kiev et Uman (quasi à mi chemin d’Odessa) et j’ai plutôt aperçu une campagne riche, verte et autrement mieux conservée que nos plaines de la Beauce! Et quand on se baigne à Kiev dans le Dniepr (et oui, il y a de nombreuses plages de sable fin à Kiev dans un environnement forestier, rien à voir avec le sordide Paris plage en béton!), on le fait au milieu de quantité de poissons bien vivants! A quand une baignade dans la Seine à Paris?

  3. Alexis Prokopiev Says:

    On n’a peut-être pas pris le même train…
    Les tournesols brûlés qui font 10cm je les ai vus de mes propres yeux, et les paysans effrayés par la faible quantité des récoltes, et les enfants hospitalisés à causes des pesticides… bref, c’est certes un témoignage personnel mais je pense qu’il reflète bien la réalité. En même temps je me souviens avoir parlé avec un français qui habitait à Moscou en pleine crise de 1998 et il disait que tout allait bien aussi.
    Pour moi le PIB ne reflète pas la situation actuelle (c’est un mauvais indicateur tout simplement), les premiers effets sur l’économie se feront sans doute sentir en décembre-janvier.
    Vous vous êtes vraiment baigné dans le Dniepr? Bonne chance alors! Personnellement j’ai trouvé ce fleuve très pollué, je ne dis pas que la Seine c’est mieux…

  4. castorp Says:

    Ca fait 3 ans que je me baigne dans le Dniepr tous les étés, et je ne m’en porte pas plus mal! Que la quantité des récoltes soit variable en Ukraine, cela a toujours été le cas et le mauvais entretien des systèmes d’irrigation n’y ait pas étranger. Je rappelle que 2003 avait été une année de très mauvaise récolte en Ukraine et 2004 une année exceptionnelle. La partie sud du pays est constituée d’une steppe qui a toujours connu des sécheresses épisodiques. Pour qui fréquente très régulièrememnt le pays depuis plusieurs années, l’amélioration économique saute aux yeux, même si il reste encore beaucoup de chemin à faire. La crise russe de 1998 était une crise financière et en rien une crise économique. Sans doute le volume des exportations céréalières de l’Ukraine seront moindres cette année, mais à un prix mondial nettement à la hausse, ce qui au niveau macro économique devrait être assez neutre.

  5. cop' Says:

    BOn! Serait-il possible d’avoir le point de vue des Verts ukrainiens ou une petite traduction du site http://greenparty.ua/

  6. cop' Says:

    La sécheresse met l’agriculture ukrainienne à l’épreuve ( le Monde du 14.08.07).

    - Extrait :

    « Certains spécialistes du climat, à l’instar de Frédéric Denhez dans son Atlas du réchauffement climatique (éditions Autrement), prévoient que la région subira, dans les prochaines années, des périodes de sécheresse de plus en plus importantes, dues au changement climatique ».

    http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3244,36-944340@51-936505,0.html

  7. Alexis Prokopiev Says:

    Sur leur site les Verts ukrainiens font un lien direct entre la sècheresse et le changement climatique, ils critiquent aussi le gouvernement actuel pour son manque de réactivité et de prévention par rapport à la sècheresse.
    @castorp: c’est clair que depuis 10 ans la situation s’est améliorée, et heureusement! Par contre le caractère répétitif des canicules n’enlève rien à leur provenance, cad que cela ne contredit pas l’existence du changement climatique et son impact particulier en Ukraine, au contraire il est étonnant de voir que peu de mesures sont prises pour lutter contre la sècheresse. Mais quand même, pas une goutte de pluie pendant 6 mois dans certaines régions,c’est quand même incroyable!

  8. castorp Says:

    Je relève dans le même article du Monde: “A 15 centimètres de la surface du sol, le tchernoziom demeure humide”, remarque en outre Jean-Jacques Hervé. Même si les pluies restent faibles, “les plaines sont tellement vastes que cela finit par constituer une importante quantité d’eau”. Aucune restriction n’a pour l’instant été relevée dans le pays et les associations environnementales ne se sont pas manifestées.

    C’est le même M. HERVE, conseiller français à l’Agriculture, qui dans cet aticle indique que dans certaines régions “il n’a pas plu depuis 6 mois”. Il s’agit d’une déclaration et non d’un relevé scientifique. Promenez-vous un peu dans n’importe quelle campagne en France et vous entendrez toujours des agriculteurs déclarer et prêts à jurer “qu’il n’a pas plus depuis 6 mois” (je l’ai encore entendu en juillet en Charente….)

    Quant aux canicules en Ukraine, je rappelle qu’il s’agit d’un climat continental. Pour ceux qui ont la mémoire courte la même Ukraine subissait une longue vague de froid en janvier 2006 (j’y étais avec -27°C à Kiev)qui a eu des répercussions négatives sur les récoltes de blé d’hiver de 2006.
    Et regardez un peu plus en arrière et vous constaterz que les mauvaises récoltes ont toujours éxisté en Ukraine, sans doute moins après les omportants aménagements qui ont transformé le Dniepr en une succéssion de mers intérieures favorisant l’irrigation. Si l’on met à part la famine génocidaire organisée par Staline en 1932-1933 (entre 5 et 7 millions de morts de faim dans les campagnes ukrainiennes alors que l’URSS exportait cette année là des céréales), le pays “grenier à blé de l’empire” a subi de nombreuses famines (1921 et 1947 notamment)

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