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Université d’été du WWF - 14/09/07 - Empreinte écologique dans ma ville !

Published by AnneSo | Filed under Université d'été 2007 du WWF, Urbanisme, Général

Logo Panda du WWFIl y a une semaine, comme Adrien vous l’a déjà dit, j’étais invitée en tant que blogueuse à la première Université d’été du WWF. Une chance, car c’était vraiment très instructif! Voilà donc mon premier compte rendu, sur la conférence du matin. Le thème ? “Empreinte écologique dans ma ville”. Les intervenants ? Cinq spécialistes venus d’horizon divers dont les propos étaient tous plus intéressants les uns que les autres. Bref, voilà un résumé des différentes interventions, avec à la clef quelques unes de mes impressions !

La conférence été animée par la journaliste Laure Noualhat, très douée ma foi pour ce genre d’exercice, mêlant à la foi humour et remarque de fond très pertinentes !

Gérard Magnin de l’association Energie-Cités (dont le but est d’aider les villes à préparer leur avenir énergétique) a commencé par rappeler que la question de l’empreinte écologique (i.e. à la fois énergétique, climatique) est avant tout celle de l’impact d’une activité qui a lieu dans un lieu, sur ce lieu ou à l’extérieur de ce lieu: en effet, la vie s’organisait auparavant autour des ressources énergétiques et il existait une relation étroite entre l’activité humaine et les sources énergétiques. Avec la première révolution énergétique, les activités humaines se sont peu à peu dissociées des sources d’énergies. La seconde révolution industrielle a complété cette émancipation de la contrainte locale et marque une sorte de déresponsabilisation des territoires de leur impact énergétique.

Ainsi, la question de l’impact écologique rejoint celle de l’impact territorial. Mais la description des villes ne donne pas le bilan énergétique de la ville.

Yvette Veyret Laurence Croslard

Yvette Veyret, professeur de géographie à l’université de Paris X Nanterre, est ensuite intervenue pour souligner les insuffisances de l’empreinte écologique. Des villes comme Brazzaville ont un impact faible, mais elles ne constituent pas des exemples pour autant. Il faut donc que cette approche s’enrichisse des réalités sociétales, des inégalités, des facteurs de production et des ressources. Les questions de politique et de gouvernance ne peuvent être résolues seulement par la ville. L’empreinte écologique doit satisfaire les besoins essentiels, la santé, les question de mortalité, etc. Les facteurs socio-économiques sont fondamentaux.

WWF Contassot LavilleYves Contassot, adjoint à l’environnement de la mairie de Paris, a pour sa part insisté sur quelques chiffres. L’empreinte écologique d’un parisien serait de 6 hectares, soit 16 % de plus que la moyenne nationale. Le métro constitue une part importante de cette empreinte, car la majorité des parisiens se déplace à pied. Ce chiffre montre quelle est la limite des interconnexions des territoires: raisonner sur un territoire limité pose problème et l’empreinte écologique doit être complétée d’outils supplémentaires. D’ailleurs, l’impact du tourisme sur la ville est souvent oublié (selon l’ADEME, le bilan carbone de Paris est de 11 millions de tonne de CO2, dont 4 millions sont représentés par le tourisme, alors que les transports et le bâtiments représentent, respectivement, 1,7 million, et les déchets 1,3 million). Il faut donc aménager des marges de manoeuvre pour diminuer les émissions. En ce sens, il est important que les réglementations évoluent et soient plus restrictives en la matière (que ce soit sur les dépenses énergétique des nouveaux bâtiments, sur les effets du tourisme: sachant qu’un touriste dépense à Paris, en moyenne, 600 euros par jour, pourquoi ne pas lui faire payer 1 ou 2 euros par jour pour avoir des moyens d’action plus grands ?).

Laurence Croslard, vice-présidente du Conseil National de l’Ordre des Architectes a estimé quant à elle que le changement viendra essentiellement de l’évolution culturelle, et non d’un surplus de réglementation. Le développement devrait être désirable en plus d’être durable… Propos que j’ai trouvé assez surprenant lorsqu’on sait que des ONG comme AIDS, malgré leur forte communication et sensibilisation sur un sujet aussi grave que le SIDA, n’arrivent pas à faire comprendre à une bonne partie des jeunes adultes que la pillule n’a pas le même rôle que le préservatif et que 35 % des jeunes adultes pensent qu’un vaccin contre le SIDA existe en France… Cela dit, elle a su relativiser son propos un peu plus tard en soulignant l’importance de la prise de conscience individuelle et collective : les architectes étant soumis à un empilement de réglementations, une règlementation de plus ne serait pas forcément plus efficace… En attendant donc que les consommateurs deviennent demandeurs (ce qui prend du temps), les architectes doivent être formés en ce sens (actuellement, 60 % des étudiants en archi se spécialiseraient d’ailleurs sur le DD). Les entreprises ont aussi un grand rôle à jouer, et le développement durable donne, ainsi qu’aux architectes, un nouveau sens à leur métier.

Enfin, arrivée un peu en retard, Bettina Laville, conseiller d’État, présidente de « Vraiment Durable », souligne que les choses sont actuellement plus faciles qu’auparavant pour le particulier, mais pas forcement pour le collectif. On regarde la baisse de l’empreinte, mais pas l’absence d’empreinte. Le Comité 21 a popularisé l’agenda 21 depuis 30 ans, et il est très important de prendre en compte le facteur temps : on rattrape le temps actuellement, mais pas celui qui a déjà été perdu ! L’Agenda 21 est un exercice démocratique, il constitue un exemple de démocratie collective, mais la question est aussi celle de la manière dont on s’approprie cette démocratie. Il faut que ce plan soit ponctué de rdv, de retours sur expériences. Il faut mêler les trois piliers du DD pour mêler social et environnement. Enfin, pour finir au sujet de Paris, Mme Laville insiste sur 3 points :

  1. On ne se résoudra pas à fabriquer une empreinte écologique sans casser les frontières administratives entre la ville et la banlieue. Il ne faudrait pas, à cause d’une réflexion positive, tomber dans quelque chose de négatif.
  2. Le comité 21 avait, en 96, fait un colloque à Nantes et sorti un concept d’éco-bilan du citoyen. L’empreinte écolo a fait avancer le concept, et le principe de la responsabilité ! Dans les grandes villes one devrait mêler les deux approches.
  3. Dans quel ordre avancons nous ? Plan Climat ? Agenda 21 ? La démarche devrait être revue…

Enfin, la France étant un pays de culture, il faut s’appuyer sur la réflexion culturelle pour avancer! En ce sens Bettina Laville (assez imposante et rigolote comme intervenante), littéraire de formation, a lu un petit extrait d’un livre d’Henri Lefebvre paru en 1968 : Le Droit à la ville (Paris: Anthropos (2eme ed.) Paris : Ed. du Seuil, Collection Points). De la page arachée du livre qu’elle a tendu ensuite à Yves Contassot assis à ses côtés, je n’ai pas bien saisi le sens, si ce n’est que la réflexion à l’époque existait déjà… Bah oui, la ville, c’est avant tout un lieu de vie. Et qui dit vie dit en principe envie de mieux vivre ensemble…

Parmi les différents thèmes abordés que je retiens surtout : la question de l’étalement urbain et de la densité des villes. Selon Yvette Veyret, sur toutes les villes européennes, il existe un étalement urbain massif. En France, 76000 maisons sont construites par an. Avec 1500 m2 de terrain en moyenne par maison. La croissance urbaine est à l’origine de ville comme Los Angeles, suite de maisons avec jardin reliées par des autoroutes. La périurbanisation a été prônée initialement par les écologistes et les enquêtes prouvent que ce modèle d’habitation est actuellement le plus plébicisté par la population. Cela concerne essentiellement les classes moyennes avec enfants ou à revenus modestes. Le raisons sont financières au départ, même si cela grève le budget au final ! Il est donc difficile d’évaluer le système et d’y trouver une solution pour l’instant… Cela dit, certaines villes comme Mexico commencent à s’y employer et cherchent peu à peu à revaloriser le centre urbain.

Autre aspect que souligne Laurence Croslard, le bruit. Il serait la première source de nuisance en ville. Mais les lotissements ne sont pas toujours plus calmes que les appartements. Alors pourquoi de pas réfléchir, à terme, sur la notion d’habitat, de voisinage ?

A l’entendre, je pense alors à Norbert Elias qui à l’époque expliquait déjà l’évolution de l’habitat par la hausse de l’individualisme… Là aussi il y aurait une belle réflexion à mener..

Yves Contassot ajoute que la maison à 100 000 euros engendre des dépenses annexes pour la collectivité… le bilan carbone est peut être nul, mais cela a un coût économique important! La ville dense resterait donc pour le moment la ville la plus performante. D’aileurs, un des quartiers les plus denses de Paris (le XIième avec 40 000 habitants) connaît une vraie mixité : les gens s’y trouvent bien! Certains quartiers moins denses sont aussi moins agréables! La densité n’est pas la raison de l’inconfort urbain.

Selon Gérard Magnin, le terme “dense” est associé à “péri-urbanisé” et à ce que l’on ne veut pas! Il existe un risque avec l’exacerbation de l’idéologie de la maison écolo péri-urbaine. Cela va créer des ghettos sociaux avec des charges plus importantes pour la collectivité! Enfin, certains archi en ont pris pour leurs grades… On évoque la cité manifeste à Mulhouse (cf. ce blog d’ailleurs à ce sujet) où les dépenses énergétiques seraient aussi chères que les loyers (limités, mais bon…), les tours écolos, etc. Cela dépend aussi de la culture et du futur que l’on désire: la réglementation doit être très stricte. Il faut tenir tous les bouts de la chaîne, les maisons “0 énergie” doivent aussi être située dans un espace où sont développées des activités locales.

Deuxième thème à retenir: l’allègement de l’empreinte écologique liée aux transports. Il faudrait reconstruire la ville en permanence. Solution ? Pour des villes comme Paris, il faudrait faire en sorte que l’emploi ne s’y agglutine pas (jouer sur la taxe professionnelle par exemple). Ici aussi la vision de l’aménagement devrait dépasser le territoire. Il faudrait arriver à mettre en oeuvre des automatismes écolos : développer des outils de transports larges. Quand on sait qu’une voiture en libre service (l’autolib’ ? :-) correspond à 8 voitures en moins… Enfin, surmonter les blocages mentaux à ce sujet. Les voitures de 300 kilos existent, mais les mentalités et les services publics devraient évoluer (mais quand des boîtes comme Vinci prennent tous les marchés, c’est dur…)

Troisième thème transversal : l’importance de la réglementation. On évoque les problèmes londoniens en 1952 avec les pollutions au soufre. Les deux lois décidées alors ont permi d’améliroer de manière définitive la situation. Pour Yvette veyret, la réglementation est au coeur de toute problématique de Développement Durable, de la croissance urbaine. D’ailleurs, autre sujet à prendre en compte, la démographie. Mais selon elle, la croissance de la population ne sera pas celle annoncée, il va y avoir un ralentissement général pour certains alors que d’autres continueront à croître (pays arabes, Inde entre autre). La question est moins importante qu’il y a quelques années. Mais la croissance urbaine dépend aussi surtout des migrations, elle attire, la ville, elle permet l’ouverture! Que faire donc ? (heu, des tests ADN m’dame ? Paraît que c’est en vogue…)

Gérard Magnin évoque aussi l’exemple de quelques villes européennes ayant choisi d’être véritablement soucieuses de leur environnement. Notamment en Suède ou en Allemagne… Le fait de prendre des engagement et de mettre en place des réglementation engendre aussi un processus de libéralisation de l’imagination. Ainsi, la manière dont on peut ouvrir les frontières mentales est cruciale ! J’approuve entièrement ce propos!!

Enfin, pour finir, le facteur temps, déjà évoqué plus haut. Le temps est une clef dans les questions environnementale. Tout ce qui n’a pas été fait jusqu’à maintenant est perdu. Tout ce que l’on doit mettre en place prend aussi du temps. Le temps joue aussi pour l’argent dans ce domaine, les surcoûts engendrés par des investissements soucieux de l’environnement se rentabilisent beaucoup plus que d’autre avec le temps! Enfin, la réhabilitation de ce qui existe aussi est un point important…

Avec toutes ses réflexions en tête, vous avez de quoi prendre le temps de réfléchir donc ! :)

septembre 21st, 2007

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One Response to “Université d’été du WWF - 14/09/07 - Empreinte écologique dans ma ville !”

  1. Jean-Louis Borloo, en différé du MEDAD! « Ecolo-Info Says:

    […] par exemple ? Même si 60% des étudiants la choisissent, elle devrait être obligatoire ! (cf. ce billet sur Ecolopolit, alors que ce thème était au coeur des sujets abordée par l’université d’été du […]

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