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Interviews de jeunes élu-e-s : Julien Sage
Published by Adrien Saumier | Filed under Jeunes élu-e-s, Interview, Elus verts, Politique
Julien Sage, 27 ans, adjoint au maire de Nanterre (Hauts-de-Seine), chargé de l’environnement et de l’architecture. Retrouvez-le sur son blog, Web 2 Ju.
Écopolit : Bonjour Julien, peux-tu nous parler un peu de ton parcours militant ?
Julien Sage : J’ai adhéré chez les Verts en 2000, à 20 ans. C’était après mon premier vote pour Cohn-Bendit, aux européennes de 1999. Par la suite, après la campagne présidentielle de 2002, j’ai adhéré chez les Jeunes Verts et, dans la foulée, j’ai été élu responsable de mon groupe local à Nanterre.
J’ai suspendu mon engagement politique pendant deux ans, lors de mes études à Aix-en-Provence. J’y ai tout de même lancé une association étudiante, Fac Verte, qui existe toujours aujourd’hui, après deux ans. Dans ce milieu, dans cette ville, ce n’était pas forcément évident.
Bien entendu, j’ai participé à pas mal de campagnes vertes : régionales, européennes, et principalement les élections législatives, où j’ai travaillé au siège national à l’aide aux candidats.
É. : Comment t’es-tu retrouvé en position éligible sur la liste municipale ?
JS : Par les votes de mon groupe local ! En tant que responsable, j’ai organisé une assemblée générale avec un système de vote simple et progressif. On a voté pour ou contre l’alliance, puis place par place, sans histoire de tendances ou de courants. Nous avons fait ça de façon très détendue, en se présentant les uns et les autres. Derrière les votes, nous souhaitions aussi mettre en avant des non-élus, nous voulions nous renouveler.
É. : La situation de Nanterre était-elle particulière ?
JS : Ce n’était pas facile, en effet. Le drame de Nanterre (le meurtre de huit élus en plein conseil municipal, en 2001, dont un Vert, Pascal Sternberg) à laissé des traces et nous affecte encore. Ce mandat qui s’achevait avait été dur et nous étions dans l’opposition. Des élus ont souhaité arrêter leur vie politique, trop touchés par le drame. Malgré de nouveaux adhérents, cette campagne marquait la fin d’un mandat très long (7 ans) et très difficile pour tous. Dès lors, chacun a fait ses choix, certains n’ont par exemple pas souhaité participer à la liste d’union. Mais cela s’est fait dans la plus grande simplicité et avec une vraie envie de reconstruire quelque chose de neuf.
É. : Te voilà donc maire-adjoint de Nanterre ! Tu peux nous parler de la ville ?
JS : Sans éxagérer, Nanterre est vraiment une ville passionnante ! 87 000 habitants, une ville en pleine mutation dans l’Ouest parisien, marquée par un projet d’intérêt national : Seine-Arche. Plus de 10 % de la surface de la ville sont actuellement en construction ou en restructuration.
La ville s’organise en grands quartiers, très divers, allant de quartiers HLM jugés très sensibles à des quartiers pavillonnaires plutôt tranquilles, avec entre les deux tous les spectres possibles : des grandes zones industrielles, des quartiers d’affaires de la Défense, les traces de grands projets abandonnés, des grandes infrastructures (autoroutes enterrées, port autonome, préfecture, université…).
Le grand enjeu est de relier les hommes, les quartiers, les projets. C’est l’objectif que ce sont donné les Verts. Je le répète souvent, mais les questions environnementales ne sont pas un nouveau problème de plus à régler, ce sont les réponses écologiques qui portent des solutions pour l’ensemble des autres problèmes, qu’ils soient sociaux ou économiques.
É. : Quelles sont tes responsabilités au sein de cette nouvelle équipe ?
JS : Je suis maire-adjoint à l’environnement et à l’architecture. C’est-à-dire que je balaye un large spectre d’activités de la ville.
É. : Concrètement, tu fais quoi ?
JS : Des projets environnementaux sont déjà lancés : éco-jardinage, l’un des premiers plan climat territorial de France, un réseau vert, le tri sélectif des ordures ménagères…
En plus, je travaille sur les questions de sécurité technologique, Nanterre étant dotée de grands dépôts pétroliers, ainsi que sur des sites de dépollution. Il y a de quoi faire dans tous les domaines.
Cependant, il n’est pas question de s’arrêter là. Vu la configuration de la ville, sa diversité patrimoniale et sociale, les réponses écologistes peuvent apporter un large panel de réponse. J’ai commencé à travailler sur plusieurs sujets, en vrac : un plan de sauvegarde de la biodiversité, la mise en place de services vélos, la poursuite de travaux d’isolation, d’économies d’énergies et de production d’énergies propres… je souhaite également travailler sur la question des éco-quartiers et des outils pour leur évaluation.
É. : 6 ans d’engagement public, ça ne te fait pas peur ?
JS : 6 ans, quand on a 27 ans, c’est beaucoup ! Je me sens parfois un peu dépassé par les enjeux et je crains de devoir parfois me battre pour des questions de rapports de forces politiques, qui n’ont rien à voir avec le projet.
É. : Quels sont les axes principaux des actions vertes pour la commune ?
JS : Les Verts ont déjà agi il y a une dizaine d’années, alors qu’ils étaient dans la majorité, ils ont mené les premières grandes politiques environnementales. À l’époque, l’environnement était la cinquième roue du carosse des politiques publiques, ça ne rapportait rien. Entretemps, les services se sont structurés et organisés. La logique environnementale fait maintenant partie des préoccupations, mais elle n’est pas mise à se juste valeur : elle est perçue comme une contrainte obligatoire, pas comme une solution aux autres problèmes. J’en ai parlé à la question précédente.
Les Verts vont agir sur la question du lien entre les politiques elles mêmes, dans le but de relier habitants et quartiers. Aujourd’hui, par exemple, j’ai rencontré un des acteurs du quartier d’affaires de la Défense, et nous avons parlé de la vie des associations dans ces grands ensembles dédiés au capitalisme effréné.
Pour nous, les économies d’énergies doivent profiter aux habitants, à commencer par les quartiers HLM de notre ville ; nous voulons que les grands projets d’urbanisme qui se développent sur la ville, qui représentent les premiers enjeux d’amménagement de l’Ile-de-France en terme de volume et d’importance financière, intègrent les problèmatiques sociales des habitants. Nous voulons toucher à tout et mélanger les projets entre eux pour qu’ils deviennent cohérents et indissociables les uns des autres.
É. : Penses-tu que les partenaires municipaux (les autres partis) sont réceptifs au discours et aux actions écolos ?
JS : C’est pour moi un vrai paradoxe. Ils parlent d’environnement, en comprennent les enjeux globaux et les intérêts locaux qui peuvent en découler. Mais leur pratique ne semble pas l’avoir intégré.
Par exemple, ils acceptent un projet de centre commercial de 40 000 mètres carré mais souhaitent dans le même temps défendre le commerce de proximité. Certains diront qu’ils ne font que copier les discours, mais je n’y crois pas : je pense qu’il s’agit d’une question générationnelle. L’environnement, intégrée dès le début de la réflexion politique créé l’écologie politique. Eux, ils n’intègrent la question environnementale qu’en fin de parcours de leur réflexion. On a ainsi un projet très classique de centre commercial mais traité haute qualité environnementale, haute performance énergétique, avec un plan de déplacement, des panneaux solaires, mais “l’objet politique” reste un centre commercial.
Si on y avait intégré dès le début une large réflexion écologique, nous aurions peut être obtenu un grand quartier commerçant, piéton, avec pourquoi pas la possibilité de se faire livrer ce que l’on a acheté, avec des espaces non marchands, des projets d’insertion, des commerces alternatifs ou de jeunes créateurs. Je pense que la rentabilité aurait été sensiblement la même, et pourquoi pas, supérieure vu l’originalité d’un tel projet.
É. : Tu aurais un mot à dire pour d’autres jeunes élus Verts en France ?
JS : Pas grand chose, ils sont peut être moins perplexes que moi ! Ce sont peut être à eux de me dire un mot. Les “jeunes” élus verts de France sont ceux qui, il y a quelques années, sont allé rammasser le mazout sur les plages du Prestige. Ce sont ceux qui créaient des associations étudiantes pour promouvoir des projets écolos ; ce sont ceux qui ont fait le pari que les Verts étaient vraiment différents des autres partis.
Avouons le, je pense que tous les jeunes élus verts - et peut être les moins jeunes - se posent des questions sur leurs idées, se demandent ce qui fait “vraiment” la différence des Verts. Après tout, à droite comme à gauche on s’arrache quelques bonnes idées issues de la réflexion des Verts, avec plus ou moins de réussite. Et parfois, nous avons peut être trop doctrinaires, trop sûrs de nous, je n’en sais rien. Ce que je sens par contre, a force d’écouter les élus plus anciens que moi, plus formés que moi, c’est qu’il y a une vraie différence de fond.
Nous n’avions pas prévu que nos idées deviennent si populaires, nous qui étions il y a encore quelques années à vouloir taxer, imposer, obliger les uns et les autres. L’économie, l’envolée des matières premières, les incidences du coût du pétrole, la réorganisation politique, montrent que les gens sont plus motivés qu’on ne le croit. Il suffit de trouver la bonne formule, la bonne méthode, pour que les enjeux environnementaux deviennent une solution évidente à bien d’autres problèmes. Emploi, solidarité, santé… il y a une cohérence dans nos propositions.
Nous nous penchons peut être trop sur nos idées, et peut être pas assez sur les liens qui les réunissent.
É. : Merci, Julien.
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(4 votes, average: 4.75 out of 5)
avril 16th, 2008 at 13h13
de très bonnes pistes de reflexion
notamment avec la conclusion