Home Contact Sitemap

Écopolit

www.ecopolit.eu | écologie politique - environnement - humeurs - analyses - développement - coups de gueule

ecopolit

rss feed technorati fav



Tout ce que vous avez toujours souhaité savoir sur l'écologie politique ici et ailleurs sans jamais oser...

Non, décidément, pas le nucléaire

Published by Alexis Prokopiev | Filed under Pétrole, Solaire, Energies, Faux écolos, Nucléaire, International

Le titre de cet article aurait dû être : « Non, décidément le nucléaire n’est pas la solution pour lutter contre le changement climatique, ni pour défendre notre indépendance énergétique », mais on m’a fait signe que, non, décidément, ce titre était trop long.

Pourtant il résume bien le fond de la situation actuelle : de plus en plus d’acteurs politiques, comme John McCain, ou de puissances publiques, comme les Pays-Bas, n’hésitent pas à considérer (ou reconsidérer) le nucléaire comme une solution énergétique moderne pour résoudre ces deux problèmes en même temps.

Pourquoi vont-ils droit dans le mur?

Les arguments des lobbies pro-nucléaires et l’agitation du super-VRP Sarkozy commencent à porter leurs fruits. Avec la hausse, irrégulière mais bien réelle, des prix du pétrole, le conflit dans le Caucase, les obligations de réduction de CO2 et la crise financière qui gagne de plus en plus de terrain, les inquiétudes de certains « grands de ce monde » créent un tel sentiment de panique que n’importe quelle idée qui paraît apporter un brin de réponse apparaît comme la solution miracle. Surtout si la promotion de cette idée assure, à coups de nucléo-euros bien sûr.

Pourtant les diverses études et rapports d’organisations qu’on qualifierait difficilement d’écologistes, comme l’AIEA, avertissent : le nucléaire n’est pas LA solution.

Premièrement, le nucléaire c’est cher. Contrairement aux idées reçues, le nucléaire a un coût supérieur à toutes les énergies fossiles et à certaines énergies alternatives. La difficulté en est surtout son évaluation. On sait combien coûte la manière première, l’uranium, et on sait qu’il y en a de moins en moins et qu’il coûte de plus en plus cher. On sait à peu près le coût de la main d’oeuvre nécessaire pour entretenir une centrale pendant les 30-35 ans de son fonctionnement normal. Et on sait aussi que transporter l’électricité en provenance d’une centrale nucléaire a un coût, et que ça coûte cher car on perd entre 15% et 25% de l’énergie produite. C’est tout ?

Non, car il y a aussi pas mal de choses. Par exemple le coût de la construction d’une centrale. Une centrale de type EPR, comme celle de Flamanville, était estimée à 3 milliards d’euros, ce qui est déjà considérable. Mais les retards accumulés et les difficultés de sécurité rencontrées font que, aujourd’hui, on est incapable d’avoir un vrai prix. 4 milliards ? 5 milliards ? Et surtout quand ? Face à l’urgence du changement climatique c’est assez inquiétant. L’autre coût difficile à estimer est celui du risque. Pourtant les célèbres « économistes du risque » s’y attellent depuis un long moment mais la réalité prouve, malheureusement, souvent que leurs estimations sont fausses. Ainsi, l’accident nucléaire survenu dans une centrale japonaise a coûté 1 milliard d’euros… et les récents accidents de Tricastin ? Le coût des réparations, les dédommagements pour les victimes (car il y a bien eu des victimes), le prix, inestimable, à payer pour la destruction de la bio-diversité et la pollution de l’eau… tout cela ça fait beaucoup en assurance et on se demande encore quel assureur s’aventurerait là dedans.

Et le coût du démantèlement ? Estimé à 50-70 millions d’euros dans les années 1980, il est aujourd’hui passé plutôt à plus de 500 millions d’euros sur une période de 5-6 ans et un site qui devra être complètement désert pendant des milliers d’années… une sorte de terre brûlée nucléaire. Du coup, le gouvernement ne démantèle plus les anciennes centrales (du type Fessenhiem) ce qui fait encore plus augmenter le risque d’accident et fait baisser, chaque jour, l’efficacité énergétique de ces vieilles centrales en les rendant encore moins viables économiquement.

C’est clair : dans un contexte de crise économique globale et d’urgence de lutte contre le changement climatique il faut une rigueur budgétaire, mais une rigueur intelligente. On doit orienter nos dépenses budgétaires vers les solutions les plus rapides et les plus pragmatiques. De ce point de vue le nucléaire, dont une grande partie est toujours financée grâce à l’argent public, est une impasse pour plusieurs raisons.

On l’a déjà vu, le nucléaire ça coûte cher, mais en plus ça prend du temps ! Avant de construire une centrale nucléaire un pays doit faire un effort financier considérable et souvent réduire les budgets des autres branches, puis il faut trouver de la main d’oeuvre qualifiée, convaincre les habitants du futur site nucléaire, parfois faire des « cadeaux » aux pouvoirs locaux… et tout cela en attendant le début de la construction qui, comme on le voit aussi bien en France qu’en Finlande, peut durer bien plus que les 5-6 années annoncées.

Donc, quoi qu’on fasse, on ne pourra pas couvrir la terre de centrales nucléaire dans les 100, ni les 200, ni les 300 prochaines années pour satisfaire nos besoins en électricité. Electricité ? Oui, je dis bien « électricité » et non pas « énergie » car pour faire rouler les voitures, les bus ou chauffer des logements le produit des centrales nucléaires, l’électricité donc, reste pas très efficace et très coûteux.

Vient enfin la question de l’indépendance énergétique, brandie récemment comme argument pro-nucléaire par le gouvernement néerlandais suite au conflit de la Caucase et face à la nouvelle doctrine internationale russe. Pour ne plus dépendre du pétrole et du gaz russes ils proposent de construire des centrales nucléaires qui produisent de l’électricité localement, logique, non ? Pas très logique quand même… car pour produire de l’électricité nucléaire il faut de l’uranium et comme par hasard, de l’uranium, on n’en trouve pas en abondance, et surtout pas beaucoup sur le territoire de l’UE. Par contre il y en a plein et dans des pays où la conception de la démocratie est plus proche de Moscou que de Stokholm : le Kazakhstan, le Niger… De plus le fait de ramener de l’uranium en Europe semble aussi y importer des pratiques du coin, illustrées par la crise du Tricastin : le manque de transparence, la rétention d’informations et la censure. Le nucléaire et la démocratie font difficilement bon ménage.

Ok, le nucléaire c’est pas bien, mais quelles solutions ?
Il faudrait plus d’un billet pour faire le tour des solutions. En deux mots : investissements dans l’efficacité énergétique et réductions de la consommation d’au moins 40% en dix ans peuvent suffire dans un premier temps, surtout s’ils vont de paire avec le développement des énergies renouvelables (qu’on ne compte plus : éolien, solaire, biomasse, géothermie…). Tout cela ne coûte pas très cher sur le long terme car il s’agit surtout d’investissements d’incitation, peut être fait rapidement car le nombre d’acteurs économiques capables de se lancer est très large, ne produit pas de CO2, ne dépendent pas d’un autre Etat et crée des emplois durables et non délocalisables.

A cette solution politique et économique manque peut-être quelque chose : un puissant lobby et un super-méga-président pour promouvoir tout ça aux quatre coins du monde.

septembre 30th, 2008

1 Star2 Stars3 Stars4 Stars5 Stars (3 votes, average: 5 out of 5)
Loading ... Loading ...

Envoyer cet article à un ami Envoyer cet article à un ami
Imprimer cet article Imprimer cet article

3 Responses to “Non, décidément, pas le nucléaire”

  1. nucléaire, écopolit, énergies | Alexis Prokopiev - Blog Says:

    […] Je recommence petit à petit à écrire sur Ecopolit avec un dernier article “Non, décidément, pas le nucléaire…” […]

  2. Le Panoptique » Archive du Blog » Fourre-tout d’écologie et de nouvelles technologies Says:

    […] Ecopolit gagnerait à se développer. Alexei montre l’exemple et donne aux plus sceptiques de bonnes raisons de revoir leur opinion sur le nucléaire: Non, décidémment pas le nucléaire. […]

  3. Cédric Says:

    Pendant ce temps là: http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/10/01/l-accord-nucleaire-franco-indien-ouvre-pour-areva-un-marche-prometteur_1101706_3234.html

Leave a Comment